La construction

La batterie de Crisbecq a été construite par l’organisation TODT à partir de l’été 1941.

L’emplacement de la batterie a été choisi après hésitation entre deux endroits. En effet, le premier retenu était sur le mont Enaut, près de Dodainville, mais c’est finalement celui d’aujourd’hui, près du village de Crisbecq qui a été choisi pour son altitude de 28 mètres et son panorama qui offre une vue imprenable de la Pointe du Hoc à Saint Vaast la Hougue.

CONSTRUCTION DE LA 3EME CASEMATE TYPE R683 - MAI 1944

La construction de la batterie commence en été 1941, elle est supervisée par l’organisation TODT qui installe son PC au château de Germiny à St Marcouf de l’île. Elle y fait travailler des prisonniers russes et polonais qui logeaient dans des baraquements en bois près du château de Francqueville près de Sortosville. Plus tard en 1943 pour accélérer les travaux, des ouvriers français employés par l’organisation TODT arrivent de Paris et de Bretagne pour travailler sur le chantier. Le ciment et les matériaux nécessaires à la construction des blockhaus arrivent du gros dépôt de l’organisation TODT à la gare du Ham près de Montebourg, puis le ciment est stocké dans une bergerie en arrière de la batterie.

Dans un premier temps, l’organisation TODT construit 5 encuvements pour canons de 155mm français St Chamond, appartenant à la 3° batterie du 1261 HKAR (Régiment d’artillerie côtière de l’armée de terre). En décembre 1942 une seconde phase de construction est entreprise, elle concerne les abris et les soutes à munitions. Puis fin 1943 c’est au tour des casemates. C’est à ce moment là qu’elle change d’appartenance, elle passe de l’armée de terre à la marine, MAA 260 groupe d’artillerie côtière de marine, basée à CHERBOURG, qui y installe des canons de 210mm. Cependant, étant trop excentrée de son commandement, elle reste rattachée à la 3° batterie du HKAR 1261, qui, elle, est transférée à Fontenay avec ses canons de 155. Pour les différencier les allemands la nommeront alors « batterie Marcouf ».

Le commandant 

L’Oberleutenant Walter OHMSEN …Photo prise le 20 avril

La batterie de Crisbecq était commandée par l’Oberleutenant Walter Ohmsen, et fût servie par 297 marins et protégée par une centaine d’hommes de l’infanterie.

Ohmsen avait pris le commandement de la batterie de Crisbecq 49 ° 28,8 ‘N 01 ° 17,8’ W , aussi connue comme Marine Küsten Batterie « Marcouf » (Naval Coastal Battery Marcouf) ou Seeziel Batterie « Marcouf » (Sea cible batterie Marcouf), le 1er Février 1944.

Son ordre, y compris lui-même, se composait de trois officiers, 24 sous-officiers et 287 hommes de la Kriegsmarine. L’unité a été subordonnée à la Marine-Artillerie-Abteilung 260 (MAA 260-260e navale côtière bataillon d’artillerie). Le personnel de la batterie a été encore accru par les membres de la 6. / Grenadier-Regiment 919 (6e compagnie, régiment de grenadiers 919e) de la 709. Infanterie-Division (Division d’infanterie 709e) pour la défense du sol sous le commandement du Leutnant Geissler, qui a porté le la main-d’œuvre totale de la batterie près de 400 hommes.

Blessé à une main pendant les combats, il reçut la croix de Chevalier de la Croix de Fer pour « hauts faits de Résistance devant l’ennemi ». Il sera fait plus tard prisonnier à Cherbourg. Après la guerre, Ohmsen continue sa carrière dans la Bundesmarine, il quitte l’armée en 1965 avec le grade de Capitaine de Frégate. Né le 7 juin 1911, il avait 33 ans lors du débarquement, et décède le 19 février 1988, à Kiel.

Dans le village de Saint-Marcouf-De-L’Isle stationne la 6° compagnie d’infanterie du 919° Régiment d’infanterie commandée par le lieutenant GEISSLER. Cette compagnie est chargée de protéger les abords de la batterie. Ces hommes sont logés dans le village chez l’habitant et dans les fermes avoisinantes : 2 chez Mr Rosalie, 40 à la ferme de Gourmont avec 40 chevaux, 20 à la ferme de la Barberie, et 15 à la ferme Mignot.

La garnison de la batterie

La garnison de la batterie de marine se compose, elle, de 3 officiers et 7 sous officiers et  287 hommes, ce qui monte à environ 400 hommes l’effectif total de la garnison à Saint-Marcouf-De-L’Isle avec la batterie.

Les repas des soldats

Une cuisine est construite, mais rapidement détruite à cause des incessants bombardements. Les hommes de la batterie doivent alors prendre leurs repas dans le village de Saint-Marcouf, et notamment dans une ferme transformée en cantine.

Les dortoirs

Deux abris de type 622 et un type 501 assurent le couchage des servants de cette batterie, avec deux baraquements en bois construits pour servir de dortoir et de cantonnement, mais seront eux aussi rapidement détruits par les bombardements. Les servants de la batterie sont donc logés chez l’habitant. Quant aux officiers, ils logent avec leurs adjoints dans un manoir.

La batterie 

Après la guerre, la batterie est déminée par des prisonniers Allemands, et les terrains rendus à leurs anciens propriétaires. Au cours des années 50, les canons, les coupoles et les portes blindées sont découpées par les ferrailleurs. Puis dans les années 70, le terrain est nivelé par la DDE qui recouvrira tous les abris.

Premiers bombardements …

Bombardée à partir du 20 avril, cette batterie a reçu 2800 tonnes de bombes, mais est encore opérationnelle le matin du 6 juin. Le plus violent bombardement a lieu dans la nuit du 5 au 6 juin, mais à la suite d’une erreur de repérage les avions alliés bombardent le village de Saint-Marcouf de l’Isle, à la place de la Batterie. Ils rasent suite à cette erreur une bonne partie du village, causant la mort de 35 civils.

Le matin du 6 juin …

TOUT A COMMENCE ICI!

A l’aube du 6 juin 1944, 5h52: Ohmsen aperçoit à l’horizon les flottes alliées… Il alerte Cherbourg et reçoit l’ordre d’ouvrir le feu sur les ennemis. Retentit alors le 1er coup de canon du débarquement… S’entame alors un duel d’artillerie de marine entre la Batterie de Crisbecq, et les navires au large d’Utah Beach. Les canons de la Batterie coulent alors le destroyer USS CORRY.

Le 8 juin …

Les Américains arrivant devant l’enceinte de la Batterie, les Allemands se cachent dans leurs abris et Ohmsen demande à la Batterie voisine d’Azeville de tirer sur sa position pour en chasser l’ennemi. Sous une pluie de bombes, les Américains se retirent en désordre. Profitant de la confusion, les Allemands les poursuivent et les repoussent au-delà de leurs lignes de départ, faisant ainsi 90 prisonniers.

La capitulation …

Les 10 et 11 juin, la Batterie de Crisbecq est soumise une fois encore à plusieurs bombardements, mais faute d’effectif les Américains ne donnent pas d’assaut. Dans l’après-midi du 11 juin, Ohmsen reçoit l’ordre d’abandonner la Batterie avec ses hommes. Il laisse donc sur place 21 soldats blessés intransportables, ainsi que les prisonniers. Avec  les 78 survivants qui le suivent, il perce l’encerclement et rejoint les lignes à 10km d’ici.

La création du musée 

Oubliée pendant plus d’une soixantaine d’années, la Batterie était devenue un bois impénétrable, les blockhaus se sont remplis d’eau et de vase jusqu’au plafond. Les tranchées se sont rebouchées et le temps a fini par tout recouvrir, jusqu’à ce que deux passionnés d’Histoire la rachètent en 2004 et entament des travaux énormes afin de créer ce musée privé unique en France.

La sortie de l’oubli …

Oubliée pendant 60 ans, la batterie était devenue un bois impénétrable, les blockhaus se sont petit à petit remplis d’eau et de vase jusqu’au plafond, les tranchées se sont rebouchées et le temps a fini par tout recouvrir …

Jusqu’à ce qu’elle fut rachetée en février 2004, par deux passionnés d’Histoire, qui entamèrent des travaux énormes. Il a fallu déjà couper tous les arbres et les ronces qui avaient tout recouvert, dégager les entrées des abris complètement ensevelis et recreuser les tranchées d’accès, pour pouvoir pomper l’eau et déblayer les cinquante centimètres de vase de l’intérieur à la main.

Ensuite, il fallu refaire les drainages à 5 m de profondeur pour assécher les abris, puis, une fois sec, le sablage des plafonds a pu commencer, et la réparation des coffrages de plafond suivit des peintures intérieures. Enfin nous installâmes les vitrines, l’électricité et pour finir la mise en place du matériel de collection.

Aujourd’hui venez visitez la plus grosse batterie d’artillerie côtière sur Utah beach, avec ses 22 blockhaus souterrains aménagés d’époque et reliés par plus d’un kilomètre de tranchées cheminant sur 5 hectares. Afin de vous rendre compte de l’étendu de ce site exceptionnel, vous pouvez dès à présent commencer la visite virtuelle, en cliquant sur le lien suivant : visite virtuel du site.

Vous serez plongés dans l’ambiance d’une batterie en visitant les chambres de repos, la réserve de nourriture et de matériel, les soutes à munitions et l’infirmerie entièrement ré-équipées en matériel comme à l’origine, sous forme de diorama.

Avec ses canons de 21cm, la batterie de Crisbecq couvre le secteur compris entre Saint-Vaast-la-Hougue et la Pointe du Hoc, ce qui fait d’elle l’une des plus puissantes du Mur de l’Atlantique !

casemate avec canon skoda

Les différents canons de Crisbecq :

  • 5 canons de 75mm flak français (1897-7.5Cm FK 97 (f)
  • 1 canon de 2Cm flak OBERLIKON sur poste de direction de tir
  • 1 canon de 2Cm flak 38 sur blockhaus type L410
  • 1 canon de 15Cm en éclairage
  • 5 canons St chamond modèle 1916-15.5Cm K420 (f) (1941-1943)
  • 3 canons de 210mm TCHEQUE SKODA-21Cm k39/41 (t)
Canon de 2Cm Flak 38
Parmi les canons de la batterie de Crisbecq, il y a les canons de 210mm SKODA d’une portée pratique de 27 kilomètres, pouvant aller jusqu’à 33 kilomètres ! obus 210mm

A l’heure actuelle, différents types de canons sont présents dans les encuvements de la batterie:

  • bofors 40mm
  • chacal 130mm
  • russe 122mm
  • espagnol 105mm
  • flak 20mm

 

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